La crise COVID-19, un grand enjeu de solidarité

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09/04/2020

La crise COVID-19, un grand enjeu de solidarité

Depuis la mi-mars, des mesures strictes sont prises pour limiter et ralentir la progression du Coronavirus au Luxembourg. Le Cercle de Coopération des ONGD continue ses activités d’appui envers ses membres et a lancé un sondage pour avoir une idée plus précise des effets des mesures prises par les états sur le travail des ONGD et de leurs partenaires. Un groupe de travail ad hoc a été lancé pour analyser avec les ONGD les impacts de cette crise et essayer de trouver des solutions aux problèmes rencontrés avec les différents acteurs.

Les résultats d’un premier sondage nous montrent que dès à présent, les impacts se font sentir sur le travail des ONGD. La plupart du personnel des ONGD est en télétravail. La transition vers ce mode de travail s’est faite assez naturellement dans la mesure où les ONGD ont l’habitude d’accompagner avec leurs partenaires des projets à distance. Cependant la situation est plus difficile pour les ONGD dont les permanents doivent combiner le télétravail avec le soutien scolaire des enfants. Des campagnes de récolte de fonds ont dû être annulées et des activités de plaidoyer et sensibilisation également.

Réorientation et urgences

Dans les pays où sont financés les projets, les mesures de confinement limitent les déplacements et la mise en œuvre des actions. Cela entrainera des retards pour atteindre les objectifs fixés avec les partenaires. Des missions de suivi sur le terrain devront être annulées et remplacées par un monitoring à distance. Pour faire face au risque sanitaire, les ONGD ont adapté leurs actions dès les premiers moments de la crise : des programmes de santé ont été réorientés pour aider les populations à se protéger du virus, des financements ont été dédiés à l’achat et distribution de matériel d’hygiène et de protection, des programmes de sensibilisation pour le personnel des ONGD partenaires et les bénéficiaires des projets ont été organisés.

Les ONGD suivent avec inquiétude la progression de cette pandémie au niveau global. Cette crise aura des impacts considérables sur les pays les moins avancés. Il est difficile de prévoir quelle sera l’étendue des dégâts, mais nous pouvons nous attendre à l’émergence de crises sanitaires et humanitaires extrêmes. Comme toujours ce seront les plus pauvres qui seront les plus impactés. On doit également s’inquiéter pour les 70 millions de personnes déplacées dans le monde qui vivent dans les conditions précaires et qui devront affronter ce choc supplémentaire.

Absence de revenues

La crise aura des effets sur les économies locales notamment avec la réduction immédiate des transferts de fonds des migrant.e.s vers les familles. L’argent envoyé par les travailleurs et travailleuses migrant.e.s vers les pays à bas revenus et revenus moyens représente environ 500 milliards de dollars par an. Dans certains pays comme le Soudan avec des taux d’inflation annuel supérieurs à 60%, certaines familles ne peuvent se nourrir qu’avec l’aide de l’argent envoyé de l’extérieur.

Ce lundi le Cercle a envoyé au Ministre de la Coopération Franz Fayot et le Ministre des Affaires Étrangères Jean Asselborn une lettre préparée par Concord, la confédération européenne des ONG humanitaires et de développement. Cette lettre résume les inquiétudes des organisations de la société civile européenne sur les effets de la crise sur les populations les plus vulnérables et propose un ensemble de recommandations aux ministres européens en amont de la vidéoconférence des Ministres des Affaires Étrangères qui a eu lieu ce 8 avril.

Réponse cohérente au niveau européen

Le maître-mot de cette lettre est la solidarité qui doit guider l’action de Union Européenne. Cette crise ne doit pas faire oublier les engagements de l’UE d’appuyer les pays partenaires pour la construction d’économies durables et justes pour la population en accord avec les objectifs de l’agenda 2030 :

L’accent doit porter sur une réponse cohérente et coordonnée pour soutenir les populations les plus vulnérables afin de limiter les impacts socio-économiques et sanitaires. Les systèmes de santé doivent être renforcés pour faire face au contexte d’urgence mais il faut aussi considérer le long terme. Il est nécessaire de développer des systèmes de santé résilients capables à long terme d’offrir un accès aux services de santé pour toutes et pour tous et s’assurer de la mise en place d’une protection sociale accessible aux personnes les plus démunies.

Les femmes et les filles doivent être au centre de la réponse. 69% des postes dans le secteur de la santé sont occupés par des femmes, leur rôle essentiel au sein de la famille augmente également leur risque d’exposition au virus, elles doivent être protégées et leur contribution valorisée. Les femmes sont également plus vulnérables en cette période de confinement, avec l’augmentation des violences domestiques. Des mesures doivent être mise en place pour leur protection.

Un autre risque est l’insécurité alimentaire. Les circuits de distribution des produits agricoles vont être perturbés et d’ores et déjà des petits agriculteurs ne peuvent plus écouler leur production afin d’approvisionner les marchés.

Pour ce qui est du financement de l’aide, la demande est d’allouer de nouveaux fonds spécialement dédiés à la gestion de la crise et de ne pas réaffecter des fonds déjà prévus pour d’autres actions. La santé financière des états doit être prise en compte et l’UE doit intervenir auprès du FMI et de la Banque Mondiale pour annuler les remboursements du capital, des services et des intérêts de la dette extérieure dus pour 2020 pour les pays les plus fragiles. En ce qui concerne l’organisation de l’aide, Il est important de prioriser l’appui aux ONG locales qui ont cette capacité d’atteindre les groupes de population les plus vulnérables et surtout appuyer les réseaux de femmes.

L’approche pour la gestion de cette crise doit être systémique avec une vision à moyen et long terme et doit aller au-delà d’une réponse dans l’urgence. Elle doit renforcer la résilience des familles, des petites et moyennes entreprises pour affronter la crise actuelle et celles à venir.

Et enfin la lettre recommande d’aligner la réponse faite à cette crise aux engagements des pays de l’UE pour la lutte contre le changement climatique, la protection environnementale et la conservation de la biodiversité.

Télécharger l’intégralité de cette lettre et son annexe

La solidarité internationale : une urgence

Cette crise jette un éclairage nouveau et révélateur sur les systèmes d’exclusion et la distribution des vulnérabilités. Elle nous invite à repenser en profondeur nos systèmes de fonctionnement économique et nos systèmes de valeurs.

Le cours des événements ces dernières semaines, nous font comprendre une nouvelle fois de façon dramatique l’importance de la lutte contre les inégalités et du travail de plaidoyer pour la réalisation des droits humains pour toutes et tous. Un travail mené avec détermination par les ONGD et les sociétés civiles du Sud et du Nord.

Parmi les droits économiques et sociaux, nous voyons aujourd’hui que la réalisation du droit à la santé et du droit à la sécurité sociale pour toutes et tous, sont plus nécessaire que jamais et pas uniquement pour les pays les plus démunis. Dans un monde globalisé où nos destins sont liés et interdépendants, la non réalisation de ces droits, au-delà des impacts souvent tragiques pour les familles touchées, engendre également des conséquences négatives pour la maitrise des crises sanitaires mondiales.

Les sociétés les plus riches sont confrontées de façon inédite à leur propre vulnérabilité et doivent se préparer à se reconstruire et à se repenser après la crise. Elles sont également invitées à s’engager dans un grand effort de solidarité internationale envers les pays les moins privilégiés. Un double défi, une double opportunité.

François-Xavier Dupret,
Responsable Analyse et partenariat

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