Manifestation « Et geet ëm d’Wurscht » du 23 avril 2016

Intervention de Jean Feyder.

Bonjour,

La plateforme « Meng Landwirtschaft « tient également à manifester sa solidarité à l’égard des paysans du Sud.

Nous sommes scandalisés par le fait que chaque jour 25 000 personnes surtout des enfants meurent de faim et de malnutrition. Et que plus d’un milliard de personnes sur sept n’ont pas assez à manger. Nous savons que la grande majorité de ces personnes sont des ruraux – surtout des petits paysans et des paysans sans terre. Nous ne saurions accepter que leurs droits humains, leur droit à la vie et leur droit à l’alimentation continuent d’être violés de manière flagrante.

Nous connaissons l’impact désastreux de l’actuel système commercial mondial néo libéral pour les pays en développement et surtout les moins avancés. A travers la libéralisation de leurs marchés, les petits producteurs ne disposant que d’une très faible productivité, perdent toute protection et sont submergés par la concurrence internationale. Et nous Européens nous visons à exporter de plus en plus nos produits agricoles et alimentaires vers les marchés du Sud, de l’Afrique, à des prix de dumping. Nous ruinons ainsi les petits paysans, qui sont le plus souvent des femmes, et nous les excluons de leur propre marché.

Ils sont de plus en plus nombreux pour qui l’unique perspective qui reste est de partir de chez eux et, finalement, de trouver le chemin vers l’Europe en passant pas Lampedusa. Quelle honte que la Méditerranée soit devenue un cimetière, comme à nouveau ces derniers jours! Que Monsieur Asselborn et ses collègues se penchent également sur les causes de cette migration-là! Qu’ils permettent à toutes ces personnes de trouver une perspective chez eux, c’est à dire un emploi et un salaire décent ainsi que des prix justes pour leurs produits y compris agricoles.

Nous demandons que notre gouvernement réserve, dans sa politique de coopération au développement, une nouvelle priorité à l’agriculture. Qu’il affecte au moins 10% de notre Aide Publique au Développement à ce secteur contre à peine 5 % actuellement !

Nous lui demandons de promouvoir un modèle de développement agricole centré sur la petite exploitation, – ou l’exploitation familiale -, et de reconnaître pleinement le rôle important des femmes. Un tel modèle devrait être orienté vers l’agro-écologie.

C’est la cohérence de nos politiques nationales et européennes qui est au centre de nos préoccupations. C’est pour cela que nous demandons à notre gouvernement:

Qu’il s’engage à ce que l’UE arrête l’exportation de produits agricoles et alimentaires à des prix en dessous du coût de production ! Qu’il favorise une régulation adéquate des marchés agricoles dans les pays en développement ! Quelle hypocrisie, quel cynisme de continuer à protéger très fortement les produits sensibles agricoles sur notre marché européen, mais de refuser une telle protection aux pays pauvres et démunis du Sud !

Que sur base d’une autre politique agricole, commerciale et de développement, il ait le courage de s’opposer à la ratification des Accords de Partenariat Economique (APE) que nous avons imposés aux pays africains ! Il n’y aura pas de développement tant que les petits producteurs ne bénéficient pas d’une réelle protection et ne sont pas mis à l’abri du dumping.

Un tiers de la production céréalière mondiale sert à nourrir non pas les êtres humains, mais le bétail. Presqu’autant à produire des agrocarburants. Notre élevage et notre production de viande se font à base d’importation de soja des pays de l’Amérique latine. A cette fin, de vastes zones de forêt tropicales ou des savanes sont défrichées, ce qui contribue également au changement climatique. Cette production se fait à base de monocultures, de semences transgéniques, de pesticides et de glyphosate en larges quantités ayant un impact sur les sols, l’eau, l’environnement et la santé des habitants, en particulier des enfants.

Nous nous devons de réduire notre consommation de viande. Nous demandons que le gouvernement encourage des mesures visant à réduire ces importations de soja y compris par leur taxation, qu’il favorise une agriculture au maximum autonome en ressources notamment en stimulant la production locale des matières fourragères, en particulier de légumineuses.

Pour cette même raison, le Luxembourg doit revoir à la baisse ses objectifs nationaux de recours aux agrocarburants.

Cette cohérence des politiques ne saurait s’arrêter devant notre place financière ! Que le gouvernement interdise la spéculation financière sur les matières premières agricoles à tous les fonds d’investissements de droit luxembourgeois !

Et enfin qu’il soumette la domiciliation au Luxembourg de sociétés actives sur le terrain du land grabbing au strict respect de conditions sévères et contraignantes, respectant les droits acquis des communautés et familles qui vivent sur ces terres et sont souvent victimes d’expulsions forcées.

Je vous remercie,

Jean Feyder.