POW! BLOP! WIZZ! WOW!

Plus de 3.000 enfants sont accueillis dans les crèches et maisons-relais de la Croix-Rouge luxembourgeoise. Les équipes y proposent des activités pédagogiques innovantes. Un exemple? Faire réaliser une bande dessinée par des enfants sur le thème des conflits.

À chaque fois qu’Andy Genen (alias ND!), dessinateur de BD professionnel se remémore sa première rencontre avec les enfants, c’est avec la même tendresse. C’est lui qui encadre depuis 2017 des créateurs en herbe, en collaboration avec des éducateurs, et ce dans quatre Maisons Relais de la Croix-Rouge luxembourgeoise. L’innocence intacte des enfants lui saute aux yeux lorsqu’il ouvre les deux recueils imprimés à ce jour: « Ils m’ont épaté par leur créativité, leur endurance, leur discipline et leur concentration. En 8 séances de 2 heures, tous ont su aller au bout de leur planche, racontant une histoire compréhensible dans un univers original créé de toutes pièces. »

« C’est souvent en pensant en dehors des conventions qu’on trouve sa voix et sa voie. »

Andy Genen

Une BD sur les conflits

Si une BD est « cool« , les conflits le sont moins. Quand l’éducateur et ND! Introduisent le sujet, les jeunes mettent un peu de temps à se l’approprier, puis réussissent à se lancer. Chaque enfant devient maître de sa création. « C’est souvent en pensant en dehors des conventions et du formatage qu’on trouve sa voix et sa voie, créant quelque chose d’unique et donc d’intéressant. » Et il est plus simple de s’affranchir des conventions lorsque l’on a entre 10 et 12 ans que plus tard. Le projet a permis à certains enfants de s’épanouir, parfois en sortant de leur coquille. Mais, presque de manière surprenante, il n’a pas été l’occasion d’exprimer des problèmes plus ou moins refoulés. Au contraire, « se plonger dans le processus de création artistique les libère plutôt du quotidien, les emmenant bien loin de lui. », sourit encore le dessinateur.

Témoin de la légèreté enfantine, la nature de la plupart des conflits décrits: «Très peu traitent de la guerre ou de l’ultra-violence. Lors de la première édition, une petite fille réfugiée m’avait interpellé par l’originalité de son trait et la nature de son sujet: un papa mourait et toute la famille le retrouvait, sou- riante, au paradis. Grâce à l’interprète, j’ai compris que ce n’était pas lié à une situation qu’elle avait vécue… mais aux telenovelas mélodramatiques regardées en famille! Son histoire n’en était pas moins touchante par la sérénité poétique qu’elle dégageait ». 

Un véritable échange

Ce projet, c’est un échange. Il apporte aux enfants, mais également à ND!, l’illustrateur qui les accompagne: « C’est grâce à ce projet que je suis sorti d’une certaine routine dans mes propres créations, boosté par leur entrain et leur magnifique naïveté. C’est à eux que je dois l’existence de la nouvelle série sur laquelle je travaille!« 

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